Psychologue, chef, directeur… l’un des cerveaux de l'Orbea Racing Team, Ixio Barandiarán, a fait ses premiers pas dans le monde du VTT avec son beau-frère, le cycliste, coureur de cyclocross puis biker, Jokin Mujika. “Quand j’ai commencé avec Orbea, le logotype des T-shirts était une petite montagne…”, se souvient Barandiarán. “Mujika venait de courir dans les équipes Seat Orbea et Banesto. Son contrat fini et comme il était toujours en forme physiquement, on est rentré dans la compétition”. Le gérant d’Orbea à cette époque, Jesús Mari Aguirrezabala, accepta volontiers de parrainer une équipe de ces caractéristiques. “On a fait trois ans de cyclocross et gagné 3 championnats d’Espagne”, souligne Barandiarán avec fierté.
C’est vers 1992 que commença l’engouement pour le VTT ; Ixio et Mujika se lancèrent alors sans hésiter dans l’aventure, et ils firent bien : ils remportèrent l’Open du Pays Basque Espagnol du premier coup. En 1993, ils décidèrent d’agrandir l’équipe et firent entrer en scène une série de noms mythiques dans l’imaginaire des amateurs de VTT, comme celui de Juan Carlos Garro (qui remporta, entre autres succès, sept étapes du Tour d’Espagne de MTB), Andoni Olaberria, Igor Fernández ou Arriet Ibarretxe. “Ce que je retiens le plus de toutes ces années, ce sont les amis, les gens que j'ai rencontrés, les voyages… c’est une partie essentielle de ma vie”, confesse-t-il.
“Parmi mes meilleurs souvenirs se trouvent le Tour de VTT, le Tour de la Catalogne ou le Tour d’Espagne. Il y avait alors une sacrée équipe appelée Sunn, avec Dupoey et Martínez ; nous avons été les seuls alors à oser les défier et nous avons gagné”, se souvient-il en souriant. Les courses ne se faisaient pas en circuit mais par étapes. “C’était disputé et très agréable parce qu’on travaillait en équipe, si tu crevais, un collègue te laissait une roue, il fallait travailler tous ensemble. Le MTB a toujours été réputé comme un sport indépendant, nous on a prouvé que non”, déclare-t-il avec conviction.
Le saut suivant se produisit en 1996. Le VTT devenait un sport olympique et les places pour voyager à Atlanta revinrent à deux bikers d’Orbea: Roberto Lezaun et Jokin Mujika. Orbea, déjà une référence sur la scène du VTT national, s’attaquait maintenant à la compétition internationale. “En 1997, on courait avec onze coureurs. Deux Belges, cinq Français et quatre Espagnols, et moi tout seul avec eux”, se souvient-il en éclatant de rire, “on disputait des courses sur tout le globe: Championnats du Monde, le Tour de MTB (aujourd’hui appelé Hexagonal), les Tours d’Espagne de VTT…”.
Janet Puiggross a débarqué en 1997, Iñaki Lejarreta en 2001, un an plus tard Marga Fullana… Le Français Cedric Ravanel et le Polonais Marek Galinski militèrent aussi dans les rangs d’Orbea. Puis ce fut le tour de Jean Christophe Peraud et Rubén Ruzafa. Il n’y a pas de doute que Barandiarán a l’œil pour découvrir les meilleurs bikers. “J’aime beaucoup ce sport, mais ce que j’aime encore plus, c’est la relation avec les gens. Les amitiés qui se nouent et qui perdurent dans le temps. J’ai gardé des contacts avec pratiquement tous les coureurs qui sont passés dans l’équipe. De quoi être fier”, estime le directeur.
En 2006, l’Orbea Racing Team confirme l’engagement de Julien Absalon. “Ce fut grâce à Joseba Arizaga, qui, à mon avis, réalisa un très bon travail et réussit à attirer le meilleur biker de tous les temps”. Un saut qualitatif qui venait compléter la structure solide que Joseba Arizaga et Ixio Barandiarán construisaient depuis déjà longtemps. “Absalon et moi, nous nous connaissions depuis pas mal de temps. Julien est très intelligent et il nous avait vus grandir. Je vis son premier championnat du monde lorsqu’il courait en juniors et je sus alors qu’il avait beaucoup de talent. Nous avons grandi ensemble et il s’est rendu compte que dans aucune autre équipe, il ne se trouvera aussi bien qu’ici”. Ruzafa, Peraud et Lejarreta forment aux côtés du Français en or un bloc qui est parvenu à hisser le nom d’Orbea à la cime. “Nous avons créé une grande équipe. Nous avons gagné une nouvelle Coupe du Monde en 2008. Julien a l’art de rendre les choses faciles et avec lui, réellement, tout paraît facile ; c’est une personne qui t’habitue aux victoires”.
Barandiarán et Joseba Arizaga ont été aux Jeux Olympiques de Beijing. Les bikers disputaient la compétition avec leurs sélections nationales respectives mais ils voulaient être près de leurs coureurs. Tous deux ont arpentés d’un bout à l'autre le circuit pour informer Absalon, Péraud et Lejarreta de leurs temps. Pour finir, médaille d’or, médaille d’argent et diplôme. “C’est curieux mais la première chose qui m’est passée par la tête, c’est Orbea. La grande réussite que j'avais obtenue. En ce qui me concerne, c'est le seul titre qui me manquait comme directeur”, remarque-t-il.
Le directeur de l’escadre la plus puissante du circuit assure qu’il garde le même enthousiasme qu’au premier jour. “Il y a des moments où tu te fâches, où tu te décourages quand quelque chose va mal, mais alors on met les bouchées doubles et tout rentre dans l'ordre”. C’est grâce à cette ténacité qu’il est devenu le directeur d’équipe le plus récompensé du VTT. Mais peu amateur des spots, il reste discrètement au second plan. Lorsque Julien gagnera la Coupe du Monde, Ixio sera dans les coulisses et préfèrera laisser passer toute la célébration pour féliciter son poulain. “Je ne suis pas de ceux qui sautent de joie, même si j'ai l'air heureux, je ne suis pas très expansif. Notre relation est si forte que nous n'avons pas besoin de grandes démonstrations”.
“Nos objectifs pour l’année qui vient sont à nouveau très ambitieux, nous battre pour qu’Orbea continue de régner à la première place des podiums du monde entier”. Cette prémisse sort de la bouche d’un homme qui sait à quel niveau il se trouve et qui assume qu’un jour, il devra descendre à un niveau inférieur. “Viendra un jour où il faudra descendre et travailler avec d'autres valeurs”. Mais nous n’en sommes pas là, pour le moment, il faut profiter des douceurs d’un succès bien mérité depuis plusieurs années. Presque deux décennies avec pour résultat, victoire sur victoire. “C’est le travail dur et constant qui nous a amené jusqu’ici”. Bravo Ixio et Joseba pour cette nouvelle Coupe du Monde!!